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Focus

Le graal de la plus value pédagogique en e-Learning

Le recours aux TIC améliore-t-il la qualité et l’efficacité des processus d’apprentissage, la rétention d’information, le transfert dans la pratique et les changements comportementaux ?

Quel est le retour sur investissement ? Peut-on comparer, chiffrer, etc.?

C‘est moins pour répondre à ces questions (légitimes mais déjà anciennes et insolubles) que pour diffuser des bonnes pratiques, que l’AWT a mis en place un label de qualité e-Learning.

Largement consensuel (mais ce n’est pas pour autant que ses principes sont appliqués systématiquement, justifiant largement le bien fondé de l’initiative), ce label ne se veut pas prescriptif, mais informatif et incitatif. Il invite chaque opérateur de formation à construire-inventer la manière dont il rencontre les principes de la charte qualité en fonction de son contexte et de ses contraintes spécifiques.

Ce label s'intéresse davantage au cours en ligne (le dispositif e-Learning dans son ensemble) en tant que produit final plutôt qu'au processus de mise en ligne de cours. En effet, les méthodologies, normes et certifications qui se concentrent sur les étapes de mise en ligne sont nombreuses. Bien qu'essentielles, elles pèchent cependant à garantir la qualité des réalisations finales. C'est pourquoi ce label de qualité se concentre sur les critères intrinsèques, plutôt que méthodologiques. Les deux approches sont, bien entendu, complémentaires.

Ainsi, 10% des cours e-Learning du catalogue Learn-on-Line ont obtenu la labellisation (les fiches descriptives des cours labellisés mentionnent “Oui” dans le champ “Label elearning”), soit une quarantaine de cours, notamment ceux:

Gratuit pour l’opérateur de formation, la labellisation est un avantage commercial, qui lui permet de démarquer son offre de formation. Pour l’apprenant, c’est la garantie que les cours labellisés :

  • fournissent aux apprenants les informations dont il a besoin pour mener à bien sa formation (cela semble évident et pourtant combien de fois avez-vous cherché sur la page d’accueil les instructions pour démarrer !);
  • varient les méthodes d’apprentissages (et si possible en limitant la réception-transmission !);
  • favorisent les échanges et les interactions entre les apprenants (par exemple, le travail collaboratif) et/ou avec les encadrants (par exemple, le coaching) - une formation qui s’appuie sur Internet sans en exploiter le potentiel en matière de communication, c’est regrettable !;
  • respectent la concordance entre les objectifs annoncés, les méthodes pédagogiques utilisées et l'évaluation proposée (c’est la base !);
  • exploitent les technologies, notamment multimédias, de manière adéquate et optimale (équilibre difficile mais nécessaire entre ce qui est possible et souhaitable !).

Il est intéressant de noter que le label joue bien son rôle puisque depuis sa mise en place en 2009, l’AWT a validé autant de demande de labellisation qu’elle en a refusées.

Cocorico

L’approche développée par l’AWT a séduit divers partenaires, issus notamment de la Fédération européenne pour la qualité en e-Learning (EFQUEL – European Federation for the Quality in E-Learning), si bien qu’elle a inspiré une initiative internationale qui est sur le point de voir le jour: http://epprobate.com

Quelques enseignements

Un des enseignements majeurs est que l’enjeu des TIC ce ne sont pas les technologies, mais l’usage que l’on en fait. Le véritable enjeu, c’est d’utiliser les TIC pour mettre les apprenants en mouvement plutôt que de s’appuyer sur leur passivité, leur écoute et leur docilité (approche moins efficace en terme de rétention mais toujours largement dominante !). Il faut les rendre actif, les impliquer, leur faire faire des choses: learning by doing, playing, teaching, producing report, explorating issue… (comme disent les anglo-saxons).

Il ne s’agit ni d’une révolution technologique (même s’il ne faut pas sous-estimer l’impact des technologies sur les usages), ni même pédagogique, puisque les référentiels pédagogiques ne sont pas neufs! Les pédagogues savent depuis longtemps que: “J'entends et j'oublie, je vois et me souviens, je fais et je comprends”. Le potentiel permettant de les activer, de les instancier est simplement plus grand. De tout temps un enseignant pouvait prendre à sa charge le fait de déployer des stratégies de pédagogies actives, mais le potentiel des technologies en facilite simplement la mise en place.

L’impact des technologies (ce que les TIC font à nos sociétés et à surtout à l’apprentissage) tourne autour de la mise en mouvement des apprenants, de leur implication et de leur autonomie. Les technologies les mettent en mouvement, les rendent actifs (acteurs de leurs processus d’apprentissage, de recherche d’information, d’expérimentation, etc.), et partant, augmentent leur niveau d’implication, de motivation, d’autonomie, etc.

Par conséquent, l’enseignant ou le formateur n’est plus celui qui sait et qui transmet, mais celui qui crée les conditions dans lesquelles un apprenant apprend! Il reste le référent, mais il joue le rôle d’accompagnateur, de révélateur, de coach, plutôt que d’expert. Dans la même logique, il apparaît que les Digital natives (ceux qui sont nés dans un monde où l’informatique est omniprésente) ont développés certaines caractéristiques (premiers véritables impact des technologies) dont il faut tenir compte:

  • ils ont besoin d’expérimenter par eux-mêmes et de produire quelque chose,
  • ils se plient moins volontiers à un parcours linéaire pensé pour eux et qui les projettent à long terme,
  • et dans le prolongement, ils ont besoin de la satisfaction régulière de réalisations rapides ou intermédiaires, etc.

L’impact des technologies se prolongent également au travers de ce qui fonctionne bien ou moins bien, telle que les règles et bonnes pratiques en matière d’écriture Web et d’intégration des multimédia nous l’enseignent. Ainsi, la lecture à l’écran est à proscrire car l’œil balaye à la recherche d’éléments accrocheurs (images, gros titres…) et que par conséquent “Less is better learning” (Donald Clark). Le Web oblige, faute de rater sa cible, à aller droit au but, à synthétiser, à bien choisir ses mots et titres, à s’appuyer sur les éléments visuels (à conditions qu’ils soient de qualité!), etc.

De nombreux autres enjeux s’invitent, notamment, l’éducation aux médias et la gestion de son identité numérique - c’est-à-dire, la gestion des traces que l’on laisse sur le Web -, etc.

Pour plus d’information:

 

Pascal Balancier, AWT

Décembre 2011